Publié par : erfantibesvence | Vendredi 11 avril 2008

La Croix huguenote

 

Lu dans Échanges :

Telle que nous la connaissons, la Croix huguenote complétée par le «Saint-Esprit» en pendentif semble avoir été imaginée par l’orfèvre nîmois Maystre vers 1688 (trois ans après la révocation de l’Édit de Nantes). Son succès fut immédiat, car elle permettait d’avoir sur soi une croix différente de la croix catholique abhorrée.

La Croix

La croix huguenote dérive de la Croix de Malte avec des échancrures triangulaires à l’extrémité de chaque branche, alors que la Croix du Languedoc est une croix de Malte dont les branches sont allongées par des triangles qui forment des pointes de flèches. On dit en héraldique qu’elle est «boutonnée» à cause des boules qui terminent les pointes au nombre de huit comme les Béatitudes.

Elle présente une grande analogie avec la croix de l’Ordre du Saint-Esprit, instituée par Henri III en 1578 : «croix suspendue d’or à huit pointes émaillée blanc et vert, cantonnée de fleurs de lis, portant à l’avers la colombe rayonnante».

Les branches sont reliées entre elles par un motif circulaire qui, d’une part, rappelle la couronne d’épines du Christ crucifié et qui, d’autre part, forme entre chaque branche un cœur, à la fois symbole de l’amour de Jésus pour nous et rappel de son commandement d’amour (Jean 13,34).

Les quatre motifs qui relient les branches entre elles sont des fleurs de lis stylisées qui rappellent celles qui figurent à la même place dans les Ordres royaux de Saint-Michel, du Saint-Esprit, de Saint-Louis et dans le Mérite militaire. Pour Pierre Bourguet, il s’agirait de cœurs stylisés.

La colombe

La colombe est un symbole biblique, dont les réformateurs ont admis la reproduction en «image taillée». C’est la colombe qui avertit Noé que le niveau des eaux du déluge a baissé : «La colombe revint à lui sur le soir; et voici, une feuille d’olivier arrachée était dans son bec» (Genèse 8,II). Les quatre évangélistes attestent que Christ, au moment de son baptême, «vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe» (Matthieu 3,16 ; Marc 1,10 ; Luc 3,22 ; Jean 1,32).

En joaillerie, la colombe du Saint-Esprit est presque toujours représentée la tête en bas et les ailes déployées, volant du ciel vers la terre. Elle est dite «rayonnante».

Note sur le mot « Huguenot »

Le terme «Huguenot», d’abord employé par dérision, a commencé à se répandre vers 1559-1560. Plusieurs hypothèses ont été émises sur son origine. La plus plausible est celle qui la fait remonter à l’allemand «Eidgenossen» qui signifie «Confédérés». Le bijou appelé Croix huguenote n’a pris ce nom qu’à une époque récente (fin du XIXe siècle). Il a parfois été appelé Croix cévenole.

Yves Levin, Échanges n° 326, mars 2008, p. 11 (Source BIP n° 916).

 

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Une larme sur la croix

«[…] Ma croix huguenote a une colombe, la tête en bas, mais celle de ma grand-mère, une larme. C’était un bijou de famille, par les “parpaïhou” du pays de la Montagne. Avez-vous des informations sur la symbolique de cette larme ? Quel orfèvre et à quelle date a-t-elle été imaginée?» écrit Mme Lucyle F., Le Teil (F – 07)

La larme aurait-elle remplacé la colombe pour exprimer la douleur de l’oppression ? Cette hypothèse semble peu probable. En fait la colombe (symbole du saint Esprit) a remplacé la larme ou «trissou» nîmois. L’abbé Valette précise que c’est en I688 que ce nouveau bijou fait son apparition : cette espèce de boule allongée appelée en langue d’oc le «trissou», c’est-à-dire le petit pilon destiné à écraser une substance ou un aliment dans un mortier. L’imagination populaire et la recherche érudite ont pourvu le «trissou» de diverses explications : larme de l’Église affligée ou langue de feu semblable à celles qui, à la Pentecôte, se posèrent sur la tête des disciples.

Il s’agirait, selon Pierre Bourguet, d’une ampoule ou petite fiole semblable à la sainte Ampoule destinée au sacre des rois de France : celle que saint Rémy aurait reçue du ciel, portée par une colombe, pour le baptême de Clovis. La colombe du saint Esprit figurait sur cette ampoule vénérée. Aussi ne serait-il pas surprenant que la représentation de la colombe alterne avec celle du réceptacle sacré, sous les croix huguenotes empruntées par les protestants au symbolisme de la royauté persécutrice.

Cette goutte a pu être interprétée comme une larme ou une goutte de sang, rappelant les persécutions, mais il est plus probable qu’il s’agisse en fait d’une langue, comme les langues de feu que reçurent les disciples au jour de la Pentecôte, autre image du même saint Esprit. Cette langue de la Pentecôte serait alors bienvenue pour les protestants, puisque le nom même de «protestant» ne signifie pas celui qui proteste contre quelque chose, mais dans le français du XVIe siècle, celui qui témoigne de sa foi (de pro = devant et testare = témoigner).

Pour en savoir plus: voir le livre de Pierre Bourguet, La croix huguenote. Ed. Musée du Désert, I99I, 68 p. En vente au Musée.

Yves Levin, comité de rédaction de Réveil, Échanges n° 327, avril 2008, p. 7.

 

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Remarque personnelle en forme de question

Comme le note Yves Levin, la Croix huguenote «présente une grande analogie avec la croix de l’Ordre du Saint-Esprit, instituée par Henri III en 1578»… (en illustration)

Et s’il y avait là l’essentiel de l’explication, avant la relecture de ses symboles ? — : alors que les protestants viennent de voir leur existence niée, par la révocation de l’Édit de Nantes, ils n’ont cessé malgré tout d’affirmer leur loyauté. Et quand on sait que l’alternative à la colombe, le «trissou», évoque peut-être l’ampoule destinée au sacre des rois de France…

Relégués plus que jamais à un statut de Français de second ordre, ils reconnaissent en ce bijou le symbole de la dignité qui leur est refusée : les protestants ont en effet été systématiquement exclus du droit de recevoir ou de postuler à des décorations, à commencer par la plus remarquable, sorte de Légion d’Honneur de l’époque, l’Ordre du Saint-Esprit… Saint-Esprit qui fonde le témoignage intérieur de leur foi !

Toute la douleur et le refus de se voir exclu d’un pays auquel on se voulait inconditionnellement loyal… La seule consolation est dans l’Esprit consolateur…

Les hypothèses restent ouvertes…

RP

 

PS du 4 mai 2008 : Dans Echanges n°328 (mai 2008), p. 7, un courrier de Mme Denise Levai signale que le pasteur baptiste Henri Vincent (décédé en 1990) soutenait une explication semblable à celle que pose ma réflexion en forme de question. RP

 

 


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