
Le temple d’Antibes quelques années après son édification
Cultes à Antibes : chaque dimanche à 10 h 15, au temple, 7 av. Niquet.
Pour accéder au temple :
Dédicace du temple d’Antibes
- 1908 -
Allocution
Prononcée à l’ouverture de la cérémonie
Par M. le Pasteur Arnal, d’Antibes :
Nous déposons ici cet exemplaire des Saintes Ecritures, qui constituent pour toutes les églises évangéliques l’autorité souveraine en matière de foi. Nous demandons à Dieu que l’enseignement qui descendra de cette chaire, soit toujours conforme à la vérité révélée contenue dans ce saint livre, et que tous les serviteurs de Dieu qui en seront les interprètes s’attachent avant tout à mettre en évidence le grand fait central gravé au-dessus de cette chaire, sur, l’arc de l’abside : « Christ crucifié » mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justification.
Au nom de l’Eglise évangélique d’Antibes, nous prenons possession, de ce temple qu’ elle a voulu élever à la gloire de Dieu, pour servir à l’édification de ses membres et à la diffusion de la vérité évangélique au sein de cette petite cité. Elle affirme d’une manière visible, par cet édifice, son existence qui, pendant bien des années, est restée à l’état embryonnaire.
Nous avons essayé de remonter par des informations aux origines déjà lointaines de l’organisation du culte évangélique à Antibes. Sans entrer dans des détails qui seraient trop longs, voici un court aperçu qui suffira à caractériser les diverses phases de la vie de cette église.
Les premiers cultes évangéliques ont été organisés par les soins d’un laïque pieux, chrétien convaincu et actif, M. Milsom, de Lyon, qui venant passer ses hivers à Antibes, ouvrit en 1866 une salle dans la rue Vauban, où il présidait lui-même le service religieux. Après avoir donné le premier élan, il remit cette communauté naissante, bien peu nombreuse, aux soins des pasteurs de Cannes. C’est ainsi que successivement MM. les pasteurs Marrauld, Espenett, Charpiot, Fargat, ou leurs auxiliaires MM. Moulin, Gaydou, Humbert, venaient célébrer le culte ou présider les cérémonies de familles, baptêmes, mariages inhumations.
Pendant deux hivers 1878 et 1879, M. le pasteur Emile Schultz de Lyon, gendre de M. Milsom, séjournant à Antibes, organisa pour la petite église, dans une salle de la rue Aubernon, un culte hebdomadaire et une école du dimanche pour les enfants avec le concours de sa jeune fille de 12 ans sous la direction de l’institutrice Mlle Allegret aujourd’hui directrice du Lycée de jeunes filles de Versailles.
C’est à partir de 1887 que le culte prit une·certaine régularité par les soins de MM. les pasteurs Alzas et Lavanchy qui venaient alternativement présider le culte du dimanche. En 1889, sur la demande de la famille de M. Eugène Mallet du Cap, M. Lavanchy s’y consacra seul pendant cinq ans. Les services religieux se célébraient au Cap, dans une ancienne chapelle louée à cet effet. Mais, dès la deuxième année de son activité, M. Lavanchy, pour répondre aux besoins des familles, de la ville avait loué une salle dans la rue Thuret, où il célébrait le culte pour·les familles qui ne pouvaient se rendre au Cap, et dont l’assistance régulière était encourageante. Il se consacra aussi à la visite des familles disséminées, et à l’instruction religieuse de la jeunesse qui lui fournissait parfois jusqu’à six catéchumènes.
Depuis 1894, M. Lavanchy s’étant retiré pour se fixer à Vence, c’est l’Eglise réformée évangélique de Cannes qui prit la direction de la communauté évangélique d’Antibes, à laquelle ses pasteurs ont consa cré leur zèle et leur dévouement, en célébrant le culte successivement au Château de la Pinède, au Grand-Hôtel de Juan-les-Pins, et, de nouveau, rue Thuret. Parmi eux, mon devoir est de rendre hommage spécialement à mon cher collègue M. le pasteur Bonnefon, qui a travaillé avec succès au développement religieux de cette annexe de sa grande église de Cannes. Ses efforts, secondés par ses auxiliaires successifs, avaient communiqué aux familles dispersées sur tout le territoire d’Antibes, plus de vie religieuse et un peu d’esprit de sacrifice pour supporter les charges du culte. Le service religieux avait plus de régularité, l’assiduité était plus marquée, et souvent la petite salle de la rue Thuret était si remplie que le zèle du pasteur commençait à sentir et à communiquer, parmi les fidèles, le besoin d’un lieu de culte plus vaste, et à caresser le rêve de la construction d’une modeste chapelle.
Cependant il y avait un grand obstacle au développement de cette communauté évangélique, c’était l’impossibilité pour le Pasteur et son auxiliaire de consacrer assez de temps à la visite des familles et à la recherche des nouveaux vénus, à cause des devoirs multiples et absorbants de la vie pastorale à Cannes. Aussi l’ardent désir de M. Bonnefon et sa prière, étaient-ils de voir un jour, un pasteur se fixer à Antibes pour se consacrer spécialement à ce troupeau un peu dispersé.
Dieu allait répondre à ce désir, exaucer ces prières, par l’épreuve douloureuse qu’Il a jugé bon de dispenser à un de ses vieux serviteurs, que l’infirmité de sa chère compagne avait guidé vers le pays du soleil, et que d’étroites relations d’affection avec M. le Révérend et Mme Simpson avaient attiré à Antibes.
Quand j’annonçai ma résolution à M. le pasteur Bonnefon, en lui offrant mes services, je reçus de lui une lettre que je ne puis relire sans émotion pour me dire que mon arrivée à Antibes était la réalisation de son plus cher désir et l’exaucement de ses prières, car désormais ce petit troupeau dispersé aurait un berger.
Ce berger, déjà blanchi au service du Seigneur, s’est mis à l’œuvre avec joie, soutenu par la confiance et l’affection des fidèles dont les pressantes instances l’ont décidé à se fixer définitivement à Antibes. Dès lors les cultes sont devenus réguliers, même en été ; l’instruction religieuse a été donnée à l’enfance et à la jeunesse ; les familles ont été périodiquement visitées et ont eu le sentiment réconfortant d’être entourées d’une influence chrétienne ; ces visites ont amené fréquemment la découverte de. coreligionnaires jusque-là inconnus, si bien que la liste s’est graduellement élevée du chIffre de 80 a 100 et, actuellement, à 170. Tout cela devait nécessairement faire naître le désir de s’organiser en église.
Un comité d’initiative fut formé dès la première année par le pasteur. Ce comité acceptait une tâche à la fois lourde et difficile, car c’était à lui de prendre la responsabilité de la constitution de l’église, et de l’appel définitif à adresser au pasteur. Tous les membres de ce Comité, devenu, depuis, le Conseil presbytéral, convaincus d’être les interprètes du désir du troupeau, furent unanimes à prendre cette décision.
Mais cette unanimité fut certainement due au courage communicatif de M. Ed. Olivier qui sut entraîner ses collègues et a été depuis la cheville ouvrière de l’église naissante ; aussi est-il juste que nous lui adressions l’hommage public de notre reconnaissance.
Dès lors, l’église était née, soutenue par les souscriptions généreuses et régulières des fidèles, et, pendant les trois premières années par les subsides de la Société centrale d’évangélisation, et du Synode de l’Eglise réformée. Vivant, dès sa naissance, d’une vie indépendante, la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, ne l’a pas éprouvée, elle l’a même stimulée puisqu’elle a renoncé spontanément aux subsides qu’elle recevait. Elle a été la première à déposer ses statuts à la Préfecture des Alpes-Maritimes, conformément à la loi ; elle n’a désormais qu’un désir, c’est de devenir une église toujours plus vivante, et de fournir une carrière utile et bénie pour la gloire de Dieu.
Quoi d’étonnant que cette église, cédant à l’ardeur de jeunesse qui la pénétrait, ait songé à compléter son organisation par l’érection d’un temple. Le projet conçu par le Consei1, était soumis à l’Assemblée générale en 1906, pour l’achat d’un terrain, et en 1907 pour la construction, et fut adopté à l’unanimité. Les fidèles ont souscrit, de nombreux amis du dehors sont venus généreusement en aide, ce qui a permis de réaliser la première moitié de la somme nécessaire. Quant à la seconde moitié, c’est un excellent ami du pasteur, son vieux camarade d’études théologiques, M. le pasteur Ch. Martin de Genève qui a bien voulu la fournir au Conseil en lui prêtant, sans intérêts, la somme de dix mille francs remboursable en annuités. C’est grâce à toutes ces libéralités que les travaux ont pu être soldés à mesure qu’ils avançaient : c’est aussi ce qui nous permet de nous réunir aujourd’hui pour la première fois, et de recevoir les amis des églises voisines dans ce temple, si gracieux, dans sa simplicité, que nous allons consacrer au Seigneur.
A Dieu, tout d’abord, doivent monter nos actions de grâces les plus ferventes pour les abondantes bénédictions et l’appui constant qu’il nous a accordés.
Mais après Dieu, c’est pour nous un devoir d’adresser l’expression de notre reconnaissance à tous les amis et bienfaiteurs qui nous sont venus en aide. Et parmi eux qu’il me soit permis de mentionner M. le Révérend D. Simpson. pasteur de l’église anglaise, qui a suivi avec un si sympathique intérêt la conception, puis la réalisation du projet de construction, pour lequel, avec sa vaillante compagne, il aimait à recueillir des dons. Il se réjouissait de pouvoir assister à la cérémonie de ce jour. Dieu l’a rappelé à Lui au moment de l’ouverture des travaux. Nous consacrons à sa mémoire un souvenir reconnaissant, en entourant de notre plus affectueuse sympathie sa veuve qui demeure pour cette église une précieuse amie.
Que nos remerciements aillent aussi à notre aimable et dévoué architecte, M. Warnery, qui nous a accordé le concours de son talent d’une manière à peu près gratuite. Nous n’avons qu’à le féliciter pour ce gracieux édifice qui sera un ornement de la ville d’Antibes. Nous ne voulons pas oublier dans notre reconnaissance les divers entrepreneurs et leurs ouvriers qui ont exécuté les travaux, comme aussi nos aimables horticulteurs qui ont bien voulu se charger, à titre gratuit, de la décoration du petit jardin. A tous nous disons : Merci :
Et maintenant que nous avons retracé toutes les bénédictions célestes qui ont facilité la naissance de cette église évangélique d’Antibes, je vous invite à vous recueillir pour écouter les divers actes du culte par lequel nous allons consacrer à Dieu ce temple, afin qu’il devienne la maison de prière et d’adoration et que ceux qui viendront écouter, de dimanche en dimanche, la Parole divine, puissent, en sortant, dire comme le patriarche Jacob: « C’est ici la maison de Dieu, c’est ici la porte des cieux ! »

Auparavant… (d’après le livre de l’abbé Tisserand : l’histoire d’Antibes)
On sait que le christianisme s’implanta très tôt aux environs et à Antibes même. Dès le début de la Réforme, la foi réformée fit des progrès dans le pays, dans la noblesse et dans la bourgeoisie : on cite une maison de “religionnaires” à l’intérieur des remparts. Il y en eut peut-être d’autres.
Lors de la signature de l’Édit de Nantes, les protestants furent assez nombreux. L’abbé Tisserand signale que la commune leur accorda un cimetière particulier…
Moment surprenant :
« Le 16 juillet 1612, les consuls d’Antibes accordèrent un cimetière à leurs concitoyens réformés au quartier de Jaïssa. Ces derniers, du reste, paraissent avoir joui paisiblement de leur droit d’exercice jusqu’en 1642, alors que Godeau, évêque de Vence et de Grasse, écrivit au Roi que dans la maison d’Augustin Serrat, de la religion réformée, “un nommé de Gand”, dit la requête, “se mêle de prêcher à ceux qui s’y ramassent tant des habitants de la ville, soldats et officiers de la garnison ; ce qui cause un grand scandale parmi les catholiques et peut un jour être cause de grande sédition populaire, davantage que les consuls de ladite ville d’Antibes ayant été condamnés à donner un cimetière aux susdits de la religion prétendue réformée, ils leur en ont assigné un il y a quelques années proche de l’église et cimetière d’icelle, et, l’un ni l’autre n’étant point clos, les os des chrétiens sont mêlés souventes fois avec ceux des hérétiques, ce qui est tout à fait contraire à la piété et aux bonnes mœurs.” »
On pense que dans la cité, on fit l’impossible pour minimiser ensuite les conséquences de la révocation de l’Édit de Nantes.
Beaucoup plus tard, en 1866, un service religieux protestant existait dans une salle de la rue Vauban ; on cite le nom des pasteurs qui se succédèrent à cet endroit ; puis en 1879, une petite église fut organisée dans une salle de la rue Aubernon, puis un peu plus tard des services se célébraient au Cap…
Ici, on a rejoint l’allocution ci-dessus du pasteur Arnal, donnée à l’occasion de la dédicace du temple…




